Le guérisseur blessé

Mythes, cliniques et traversées

Mon chemin

Et si toute ma carrière professionnelle m’avait lentement conduit à devenir thérapeute ?

Lorsque j'ai pris ma pension il y a quelques semaines, beaucoup m'ont demandé pourquoi je choisissais aujourd'hui d'exercer comme thérapeute. Je leur ai répondu que c’était une suite logique. Ce qui était une réponse intuitive s’est trouvée consolidée par un travail d’analyse et de réflexion que je viens d’effectuer. Ces derniers jours, j'ai pris le temps de relire les différentes étapes de mon parcours professionnel (13 … un vrai chemin de croix 😉). 

Pour chacune d'elles, je me suis posé trois questions simples : qu'est-ce que cette expérience m'a appris ? Pourquoi l'ai-je quittée ? Qu'espérais-je trouver en changeant ?

Une même intention

J'ai été ainsi tour à tour éducateur, instituteur, chercheur, assistant, formateur d'enseignants, inspecteur pédagogique, coordinateur pédagogique, …. 

En apparence, ces fonctions sont très différentes. Pourtant, en les revisitant une à une, je me rends compte qu'elles étaient animées par une même intention.

À chaque étape, j'entrais avec l'envie de comprendre, de construire, d'accompagner des personnes ou des équipes dans leur développement.

Évidemment, en fonction des missions, mon rôle et mes responsabilités évoluaient. Je devenais coordinateur, fédérateur, responsable de projets, accompagnateur du changement. Presque chaque fois, je me retrouvais confronté à une autre réalité : les rapports de pouvoir, les jeux institutionnels, les logiques de reconnaissance, les conflits de loyauté.

Je ne les condamne pas. Toute institution en produit inévitablement.

Mais je me rends compte aujourd'hui que ce n'est jamais là que je trouvais le plus de sens. Ce qui m'animait profondément n'était pas d'occuper une fonction en apparence toujours plus élevée. C'était de rencontrer les personnes, de les écouter afin de tenter de comprendre ce qui les mettait en mouvement ou les empêchait d'avancer.

Ce que chaque métier m'a appris

Avec le recul, je crois que chacune de ces expériences m'a apporté quelque chose d'essentiel. Ainsi, l'éducateur m'a confronté à la violence. L'instituteur m'a appris l'exigence. Le chercheur m'a donné le goût de comprendre. Le formateur m'a appris à transmettre. Les fonctions d'encadrement m'ont appris combien le changement ne se décrète jamais : il se construit dans un rapport de confiance en donnant du sens et en respectant le rythme de chacun.

Poursuivre le chemin autrement

Aujourd’hui, je mesure que rien de tout cela n’a été perdu. En devenant thérapeute, je n'ai pas changé de voie. J'ai plutôt le sentiment d'être arrivé au terme d'un long apprentissage. Toutes ces expériences ont progressivement déplacé mon regard : des structures vers les personnes, des organisations vers les relations, des fonctions vers l’humain..

C'est sans doute pour cela que le métier de thérapeute ne me donne pas l'impression de commencer une nouvelle carrière. Il me donne plutôt le sentiment de poursuivre mon chemin professionnel d’une autre manière.